Ces femmes qui se sont battues pour avoir le droit de voyager dans les années 1920

Ces femmes se sont battues pour avoir le droit de voyager dans les années 1920

Comment les femmes voyageaient-elles en 1920? Tout dépendait de leur statut social et de leur destination.

1920 est l’année où de nombreuses Américaines ont obtenu le droit de vote grâce à l’adoption du 19e amendement, aujourd’hui commémoré le 26 août avec le Women’s Equality Day (Journée de l’égalité des femmes).

Cet amendement ne s’appliquait cependant pas à toutes les femmes, puisque les femmes amérindiennes, asiatiques et noires des États du sud l’obtinrent des décennies plus tard. Sans parler du droit pour les femmes à voyager en toute sécurité, lui aussi inégal.

Si vous étiez mariée et que vous voyagiez à l’étranger, votre mari possédait vraisemblablement un passeport vous identifiant tous deux comme «M. Dupont et son épouse».
Seules les femmes célibataires pouvaient demander un passeport sur lequel figurait leur nom de naissance. Si une femme mariée souhaitait avoir son propre passeport afin de voyager seule, celui-ci était toujours au nom de son mari en mentionnant : «Mme Dupont».

Les femmes n’étaient pas censées voyager seule.
«Qu’une femme voyage seule au nom de son mari ou qu’elle voyage seule en tant que célibataire, dans un cas comme dans l’autre, cela ne faisait pas partie de la norme», raconte Craig Robertson, historien des médias à l’université Northwestern et auteur de l’ouvrage The Passport in America.

Cela n’empêchait pas certaines femmes de voyager seules en 1920, y compris celles qui n’appréciaient guère d’avoir un passeport au nom de leur mari.
C’était le cas de la journaliste Ruth Hale, qui fonde la Lucy Stone League en 1921 afin de lutter contre ce problème. Quatre ans plus tard, l’organisation permet à l’écrivaine Doris E. Fleischman d’être la première femme mariée à obtenir un passeport à son nom de jeune fille.

Néanmoins, tout le monde n’avait pas le même accès aux voyages internationaux. Les Amérindiennes, par exemple, n’étaient pas considérées comme des citoyennes américaines et ne pouvaient même pas se déplacer librement dans leurs propres états. Cependant, pour les femmes noires qui pouvaient se le permettre, les voyages à l’étranger constituaient une échappatoire aux restrictions racistes des États-Unis. En 1920, Bessie Coleman obtient un passeport et s’inscrit dans une école d’aviation française, faute d’école américaine qui l’accepterait. En quittant le pays, elle devient la première femme noire des États-Unis à posséder une licence de pilote.

Les États-Unis refusent toutefois de délivrer un passeport à au moins une figure majeure de la communauté noire. Activiste et journaliste, Ida B. Wells-Barnett se rend régulièrement en Europe dans les années 1890, au moment où les passeports n’étaient pas encore indispensables. C’est une autre histoire en 1918, puisque les États-Unis lui refusent de lui octroyer un passeport pour se rendre à la Conférence de paix de Paris, au prétexte qu’elle serait une «célèbre agitatrice raciale».

Mme Wells-Barnett n’était certainement pas étrangère à la discrimination s’appliquant aux déplacements aux États-Unis. Dans les années 1880, elle se fait un nom en poursuivant une compagnie ferroviaire qui l’avait fait descendre d’un wagon première classe, procès qu’elle gagnera mais dont la décision sera rejetée par la Cour suprême du Tennessee. En 1920, les femmes noires subissent les mêmes discriminations au sein des transports en commun, période à laquelle un grand nombre d’entre elles partent au nord dans le cadre de la grande migration afro-américaine.

« De nombreux romans de fiction issus du mouvement de la Renaissance de Harlem racontent les voyages de ces femmes contraintes de partir à l’ouest et au nord en quête d’opportunités », explique Shealeen Meaney, professeure d’anglais aux Sage Colleges.
L’écrivaine Nella Larsen, qui s’inscrit dans ce mouvement, « s’intéressait particulièrement à la condition des femmes métisses ainsi qu’à la question de la barrière raciale », ajoute Shealeen Meaney. Ses nouvelles Quicksand (1928) et Passing (1929) mettent en scène des femmes qui voyagent « ayant accédé à des environnements blancs ou ayant été exclues, selon qu’elles étaient perçues et étiquetées comme blanches ou noires ».

Si la voiture offrait une alternative aux transports en commun, elle ne garantissait pas toujours la sécurité aux femmes noires y ayant accès. The Negro Motorist Green Book, qui indiquait de façon détaillée les lieux du sud où s’appliquaient les lois Jim Crow où elles pouvaient, ou non, s’arrêter en toute sécurité, ne fut publié qu’en 1936.

Bien que les hôtels noirs du nord et du sud étaient un endroit sûr pour les vacanciers Afro-américains, s’y rendre en voiture pouvait s’avérer dangereux si l’on ne connaissait pas les lieux où faire le plein d’essence en toute sécurité.

À l’inverse, les femmes blanches appartenant à la classe moyenne qui avaient accès aux voitures dans les années 1920 et pouvaient tout à fait traverser le pays avec leurs amis au cours de l’été et publier ainsi des reportages sur leurs voyages en voiture. Il semblerait même que l’écrivaine Maria Letitia Stockett ait anticipé la plus grande saga de films de voitures des États-Unis, avec le titre de son récit de voyage en voiture : America: First, Fast, and Furious.

À l’image du droit de vote, les voyages n’étaient pas les mêmes pour toutes les femmes en 1920. Les femmes blanches pouvaient voter bien plus librement que les femmes noires, qui le pouvaient dans les États du nord mais en étaient privées dans ceux du sud jusqu’en 1965. De la même manière, les femmes amérindiennes ne furent reconnues comme des citoyennes à part entière qu’en 1924 et n’ont obtenu le droit de vote dans l’ensemble des États qu’en 1962.

Ainsi, lors de la célébration de la Journée de l’égalité des femmes aux États-Unis, il est essentiel de se rappeler que toutes les victoires sont importantes, et non pas uniquement la première d’entre elles.

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